@article{bibcite_557, keywords = {Critique et interpr{\'e}tation}, author = {Hall Bjornstad}, editor = {Joseph Harris and Julia Prest}, title = {{\textquotedblleft}Avec confusion j{\textquoteright}ai vu cent fois tes feintes{\textquotedblright}: Imperial Spectatorship in Le V{\'e}ritable Saint Genest}, year = {2016}, journal = {Guilty Pleasures: Theater, Piety and Immorality in Seventeenth-Century France. Yale French Studies}, pages = {65-80}, note = {
Se d{\'e}marquant des nombreuses interpr{\'e}tations de la trag{\'e}die privil{\'e}giant la pi{\`e}ce ench{\^a}ss{\'e}e du \“Martyre d\’Adrian\”, l\’auteur s\’int{\'e}resse au rapport entre la performance de Genest et la spectation de Diocl{\'e}tian, notamment tel qu\’elle se manifeste au cours du premier acte. Apr{\`e}s avoir soulign{\'e} l\’analogie entre le r{\^e}ve de Val{\'e}rie (I, 1) et le monde du th{\'e}{\^a}tre o{\`u}, l{\`a} aussi, \«\ [...] ce qu\’on craint arrive, et [...] n\’afflige point\ ; / Et [...] ce qu\’on redoute, est enfin ce qu\’on aime\ \» (I, 3, v. 200-201), l\’auteur analyse le \«\ complex web of negotiations of agency\ \» (p.\ 72) entre deux souverainet{\'e}s\ : celle du ma{\^\i}tre de Rome, et du ma{\^\i}tre de la sc{\`e}ne. {\`A} partir de l\’aveu de l\’empereur sur le plaisir que lui procure l\’acteur\ : \«\ Avec confusion j\’ai vu cent fois tes feintes\ \» (I, 5, v.\ 233), l\’auteur propose une lecture convaincante de la fascination qu\’exerce Genest sur son \«\ supreme spectator\ \» (p.\ 66). Relevant d\’une \«\ expression of obsessive spectatorship\ \» (p.\ 71), cette fascination ne r{\'e}siderait pas simplement dans l\’agr{\'e}ment produit par la confusion esth{\'e}tique entre l\’illusion et la r{\'e}alit{\'e}, mais r{\'e}sulterait {\'e}galement, et peut-{\^e}tre surtout, d\’un autre type de confusion\ : une confusion {\'e}thique p{\'e}trie d\’humiliation, si l\’on prend \“confusion\” dans l\’acception de \“honte\” que lui reconna{\^\i}t le Dictionnaire de Fureti{\`e}re. R{\'e}it{\'e}r{\'e}e plus de \«\ cent fois\ \», cette \«\ strangely pleasurable shame\ \» (p.\ 74) serait ainsi un sympt{\^o}me de masochisme chez Diocl{\'e}tian (p.\ 74 et p.\ 78). Interpr{\'e}t{\'e}e ici litt{\'e}ralement afin de souligner l\’obsession du monarque, l\’expression sera ensuite comprise homophoniquement (\“sans foi\”) pour justifier la non conversion des spectateurs {\`a} la fin de la pi{\`e}ce\ : \«\ Perceived by the imperial spectator to be without faith, Genest\’s final performance ultimately fails to convince\ \» (p.\ 79).
Contrairement {\`a} une ma{\^\i}trise de soi sto{\"\i}cienne que l\’on serait en droit d\’attendre chez un empereur romain digne de ce nom, Diocl{\'e}tian, \«\ reduced to passivity and receptivity\ \» (p.\ 72) par \«\ l\’Empire absolu\ \» que Genest \«\ prend sur une {\^a}me\ \» (I, 5, v.\ 237), {\'e}prouverait un plaisir coupable (p. 79) dans la \«\ subjection to the mastery of the supreme actor\ \» (p.\ 74). Dans cet abandon de souverainet{\'e}, l\’empereur trouverait \«\ a mirror of the power that he himself commands in the empire outside of the theatrical illusion\ \» (p.\ 73). Ce transfert de pouvoir de la part d\’un Diocl{\'e}tian en qu{\^e}te de \«\ masochistic pleasure\ \» (p.\ 78) se manifesterait aussi dans\ la position assise de celui-ci en contrebas de la sc{\`e}ne, ainsi que, mais plus difficile {\`a} admettre, dans \«\ the two prisons on stage\ \» (p.\ 79).
Si une pulsion masochiste explique sans doute l\’attitude patiente ou r{\'e}sign{\'e}e que tout spectateur est amen{\'e} {\`a} assumer devant certains spectacles calamiteux, Diocl{\'e}tian ne serait pas l\’unique spectateur {\`a} tirer de cette humiliation l\’un de ces \«\ Guilty Pleasures\ \» auxquels est consacr{\'e} ce num{\'e}ro de Yale French Studies. C\’est en tout cas ce que laisserait supposer le rapprochement judicieux que fait l\’auteur entre les qualit{\'e}s de Genest et celles que Guez de Balzac attribue {\`a} Mondory, \«\ the greatest French actor of the 1630s (if not the whole century)\ \» (p.\ 75), capable lui aussi de s\’affirmer \«\ in a way that exerts an all-imposing empire absolu on the audience\ \» (p.\ 76).
Sur la relation d\’{\'e}change entre des com{\'e}dien.ne.s capables de donner du r{\^e}ve {\`a} une instance spectatrice octroyant en retour \«\ a certain majesty to the performance and performer\ \» (p.\ 76), l\’on consultera avec profit Ross Chambers, La com{\'e}die au ch{\^a}teau. Contribution {\`a} la po{\'e}tique du th{\'e}{\^a}tre (Paris, Corti, 1971) o{\`u} il est postul{\'e} \«\ l\’identit{\'e} du com{\'e}dien et du prince\ \» (p.\ 37) et dont une section\ : \«\ Saint Genest\ : l\’acteur de Dieu\ \», est consacr{\'e}e {\`a} la trag{\'e}die suppos{\'e}e religieuse de Rotrou (p.\ 37-46). Pour un Diocl{\'e}tian plus sadique que masochiste, voir le diagnostic de Jean-Claude Vuillemin, \«\ R{\^o}le de Dieu, r{\^o}le du Prince\ : Le V{\'e}ritable Saint Genest de Rotrou\ \», Litt{\'e}rature, 68, 1987, p. 86-101).
}, language = {Anglais}, }