TY - CPAPER KW - Critique et interprétation AU - Stéphane Zékian BT - Actes des conférences sur Jean Rotrou C1 -

Dreux, France

CY - Dreux LA - Français N1 -

L’auteur offre un panorama instructif des divers manuscrits que reçut l’Institut impérial (actuel Institut de France) en 1810 à l’occasion du prix de poésie dont le sujet était “La mort de Rotrou”, et qui fut remporté par Charles-Hubert Millevoye.

Alors que l’œuvre littéraire rotrouesque n’a pas encore trouvé sa place dans la mémoire collective de l’Empire napoléonien qui ne connaît alors que Venceslas (souvent dans la version retouchée de Marmontel), Jean Rotrou paraît en revanche avoir marqué les esprits en tant que « citoyen exemplaire » (p. 13). C’est en tout cas ce qui ressort de l’étude de ces manuscrits conservés aux Archives de l’Académie françaises et dont l’intérêt, comme le souligne l’auteur, réside moins dans leur valeur esthétique que dans leur contribution à une histoire des représentations (p. 20).

Rattaché abusivement au « siècle de Louis XIV », Rotrou apparaît dans ces textes poétiques comme un précurseur du “Grand Siècle” et, à ce titre, se voit célébré par les grands “classiques”, notamment Corneille, Racine et Fénelon. Si à l’échelle du quotidien, Rotrou est loué pour le combat qu’il aurait mené contre ses penchants dépensiers, ainsi que pour son attitude prétendument admirable lors de la “Querelle du Cid”, au niveau allégorique le « citoyen exemplaire » s’impose non seulement comme le « Saint patron des familles [et] spécialement comme figure hyperbolique de la paternité » (p. 17), mais aussi, du fait de son dévouement et de son présumé sacrifice au bénéfice des Drouais lors de l’épidémie de peste qui ravagea la région en 1650, comme une figure christique ou, à défaut, pour une source majeure de l’inspiration cornélienne. Rotrou, que l’un des candidats rapproche de Marcus Curtius qui, selon Tite Live aurait fait don de sa personne à l’État, peut ainsi se muer en une figure consensuelle « dont le souvenir serait en mesure de fédérer les citoyens et de les faire œuvrer au grand dessein de l’Empereur » (p. 19). Servant d’outil de propagande au régime dans un concours conçu « pour rallumer la flamme patriotique » (p. 20), le sacrifice de Rotrou se trouverait « recyclé en adhésion inconditionnelle à l’action politique et militaire de Napoléon » (ibid.). Sur le plan littéraire, cet épisode académique aura peut-être favorisé la redécouverte du dramaturge derrière le citoyen et suscité un intérêt pour une œuvre dramatique que l’édition de Viollet-le-Duc (1820) allait bientôt rendre accessible au public.

Conférence prononcée le 3 avril 2009 à l’auditorium de la Médiathèque-Conservatoire l’Odyssée de Dreux, dans le cadre des manifestations culturelles qui se déroulèrent dans la ville natale de Rotrou du 17 mars au 20 avril 2009, à l’occasion du 4e Centenaire de la naissance du dramaturge. L'essentiel de cette intervention sera repris dans L’invention des classiques. Le «siècle de Louis XIV» existe-t-il ? (Paris: CNRS Éditions, 2012. Pp. 272-277).

Les actes des communications n’ont pas donné lieu à une publication régulière, mais la brochure de 52 pages qui les contient a été déposée à la Bibliothèque nationale de France (Notice n° :  FRBNF42361920) où ces communications sont par conséquent consultables. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42361920v

La bibliothèque Pattee-Paterno de la Pennsylvania State University possède également ce fascicule sous la cote: PQ1915 .Z5 A53 2010.

 

PB - Médiathèque-Conservatoire l’Odyssée PP - Dreux PY - 2010 SP - 13 EP - 21 T2 - Actes des conférences sur Jean Rotrou TI - Le véritable Saint Rotrou ER -