Rotrou et son œuvre

Reference Type Book Chapter
Year
1906
Author
Book Title
Rotrou. Théâtre choisi. Nouvelle édition [...] illustrée de quatre gravures coloriées dessinées par M. Henri Allouard
Language
Français
Pagination
1-78
Publisher
Librairie Garnier Frères
City
Paris
Keywords
Notes

Texte publié initialement par Sanchez et Cie, Laplace, 1883. Puisant son matériau dans les principales biographies de l’époque, en particulier dans la thèse de Jules Jarry, Essai sur les œuvres dramatiques de Jean Rotrou (1868), l’auteur réitère dans « I. Étude Biographique » (p. 2-37) les poncifs associés à Rotrou : son présumé penchant pour le jeu, mais aussi pour l’amour : ces « deux passions qui troublèrent [sa] jeunesse » (p. 10) ; l’accueil empressé que l’Hôtel de Rambouillet aurait fait au « [j]eune, beau, spirituel » (p. 6) Rotrou ; la faveur de Richelieu pour un théâtre mettant en scène « la raison d’État glorifiée » (p. 16) et pour un dramaturge aux yeux de qui « le despote s’évanouit [et qui] ne veut plus voir que le grand politique » (idem) ; les « élans de ferveur religieuse » (p. 81) dont aurait fait preuve Rotrou à son retour à Dreux. L’auteur insiste également sur l’amitié de Rotrou avec Corneille : « [d]’instinct ils s’étaient compris et ils s’étaient aimés » (p. 19), mais estime toutefois que nul davantage que Rotrou n’approche Corneille sans l’égaler et que le second n’a pas hésité à imiter le premier, même après « qu’à l’horizon se lève l’aurore du Cid » (p. 26). Dans « II. Étude littéraire— L’œuvre de Rotrou » (p. 38-63), l’auteur passe en revue plusieurs textes d’un théâtre dont le trait distinctif « est la confusion perpétuelle des genres » (p. 41) et rend hommage à un dramaturge qui a beaucoup sacrifié à l’imagination mais qui faillit se perdre à cause du « dédain de toute discipline » (p. 40) et dont la faiblesse aurait été de ne pas avoir « su se dégager tout à fait du passé » (p. 41). L’auteur estime un peu rapidement que Rotrou se serait senti mal à l’aise dans la tragi-comédie, « comme s’il avait eu conscience de la fausseté du genre » (p. 47), et que cette dernière ne serait « le plus souvent qu’une sorte de champ de bataille où la comédie et la tragédie triomphent tour à tour » (idem). Comme la « couleur locale », le « sens de l’antiquité manquait à Rotrou » (p. 60) ; son vocabulaire est jugé vieilli, « mais le sentiment est resté vrai. Une langue insuffisante au service d’une exquise sensibilité » (p. 47). « Il n’a pas su se dégager tout à fait du passé, voilà sa faiblesse ; mais il a su entrevoir l’avenir et le préparer ; voilà sa force et sa gloire » (p. 41). Digne de figurer aux côtés de Corneille, et loin au-dessus de ses rivaux, Rotrou aurait été un « initiateur » de Molière et de Racine. Ceux-ci « lui doivent beaucoup ; et pourtant il n’a égalé ni Racine, ni Molière. Mais il est grand pour les avoir faits plus grands que lui » (p. 57). Dans « III. Les Trois Grandes Tragédies » (p. 63-75), l’auteur commente les pièces qu’il considère être « le couronnement austère d’un théâtre si varié » (p. 75) : Saint Genest, tragédie « la plus curieuse peut-être de tout le dix-septième siècle » (p. 65) ; Venceslas, « grand sujet de scandale pour ceux qui confondent l’art dramatique avec la morale en action » (p. 70) ; Cosroès, « la plus régulière, mais non la moins émouvante des tragédies du poète » (p. 72). Si Rotrou « avait eu le temps de se livrer tout entier, qui sait s’il n’eût pas été, deux siècles avant Victor Hugo, le Shakespeare de la France ? » (p. 75). En guise de « IV. Conclusion » (p. 75-78), l’auteur estime que « Rotrou n’a pas besoin d’être réhabilité ; il a besoin seulement d’être mieux lu et mieux compris » (p. 76). Même « si le redoutable voisinage de Corneille ne l’écrase pas, il mérite néanmoins d’être jugé à part » (p. 77). Après que l’Académie-Française a rendu hommage à l’homme en 1811 en décernant son prix au poème de Millevoye, l’auteur plaide pour que les qualités du dramaturge soient maintenant « mises en pleine lumière » (p. 77). En attendant, c’est ce Théâtre choisi de Rotrou qui fut couronné par l’Académie-Française.

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