Vies et légendes de Rotrou: les anecdotes biographiques concernant Rotrou

Reference Type Conference Paper
Pagination
22-26
Year
2010
Author
Conference Name
Actes des conférences sur Jean Rotrou
Language
Français
Publisher
Médiathèque-Conservatoire l’Odyssée
Conference Location
Dreux
Keywords
Notes

Conférence prononcée le 3 avril 2009 à l’auditorium de la Médiathèque-Conservatoire l’Odyssée de Dreux, dans le cadre des manifestations culturelles qui se déroulèrent dans la ville natale de Rotrou du 17 mars au 20 avril 2009, à l’occasion du 4e Centenaire de la naissance du dramaturge.

L’auteur invite à reconsidérer les trois anecdotes controuvées inhérentes à la vie de Rotrou afin de montrer, qu’en dépit de leur insignifiance apparente, elles « touchent au sacré et forment une sorte de cohérence » (p. 26). Ces légendes permettraient même « une lecture de l’œuvre de Rotrou » (ibid.) car elles seraient « une clef, au sens profond, de son œuvre » (ibid.). Ces anecdotes fictives seraient, pour paraphraser Cocteau, des mensonges qui diraient la vérité… Ou, comme le disait Marc Bloch, "Exceptionnellement, un faux peut dire vrai" (Apologie pour l'histoire, Paris, Colin, 1949, p. 42)

En l'occurrence, il s’agit bien sûr de la légende de Corneille appelant le dramaturge drouais “mon père”, celle du fameux tas de fagots dans lequel le joueur invétéré qu’aurait été Rotrou enfouissait son argent pour tâcher de le conserver, ou du moins pour avoir quelques difficultés à le récupérer, celle enfin de la prétendue mort héroïque du juge-dramaturge, lors de l’épidémie de peste qui s’était abattue sur Dreux. Au XVIIIe siècle, de nombreux « ouvrages de théâtromanes comme il y a eu au 20e siècle des ouvrages de cinéphiles » (p. 22) vont reprendre ces légendes, parfois mot à mot. Au XIXe siècle, elles seront véhiculées par ceux mêmes qui les réfutent, à la manière de ce que « l’on appelle aujourd’hui la légende urbaine » (p. 23). À côté pourtant de ces légendes qui ont perduré, il en existe vraisemblablement d’autres qui sont tombées dans l’oubli. L’auteur évoque en particulier l’anecdote beaucoup moins connue d’un Rotrou coureur de jupon, rapportée par Tallemant des Réaux dans ses Historiettes. En matière de légendes, « les histoires persistent et les noms changent » (p. 23) et nous sommes ici en présence d’une anecdote qui aurait été déjà énoncée à propos de Ronsard. Mais, présentant une certaine ambiguïté herméneutique, celle-ci, à la différence des trois autres légendes, n’a pas marché car, elle ne serait pas entrée « dans le cercle mythique dont Rotrou est le nom » (p. 23). En revanche, « totalement invraisemblable (ibid.) si l’on s’en tient à l’âge de ses protagonistes, la légende d’un Corneille appelant Rotrou “mon père” s’avère parfaitement recevable dans la perspective d’une « généalogisation » (p. 24) s’inscrivant dans une « chronologie mythique de l’histoire littéraire » (p. 24). D’autre part, si cette anecdote est « la plus répandue » (p. 23) c’est probablement, comme le suppose l’auteur, parce qu’elle bénéficia de la notoriété d’un Voltaire qui la publia dans son Siècle de Louis XIV (1752) après l’avoir peut-être trouvée dans la Bibliothèque des théâtres de Maupoint. L’anecdote des fagots — ayant pu donner naissance à un mythe qui demanderait examen : celui de Rotrou « poète à gages dans la servitude » (p. 25) — apparaît quant à elle dans une édition du Dictionnaire de Richelet parue au XVIIIe siècle, ainsi que dans Le Parnasse français de Titon du Tillet (1727). L’auteur la rattache au topos des « objets magiques dans lesquels sans cesse l’or pousse et repousse » (p. 25) et la ramène in fine au thème faustien et, plus particulièrement au pouvoir le plus ancien que Faust a obtenu grâce à son pacte avec le diable :  celui de « montrer par illusion ou par magie […] des personnages de l’Antiquité’ (p. 25). Dans les récits qui reprennent ce thème où la figure du magicien se confond bien évidemment avec celle du dramaturge, il est fréquent que l’épilogue mette en scène « une mort particulièrement violente, mystérieuse, en tout cas signalée par quelque chose d’exceptionnel, et qu’elle est précédée d’un testament solennel ou d’une confession publique » (p. 26). La chose ne serait donc pas sans rapport avec la troisième anecdote de la mort héroïque de notre dramaturge frappé par « la mystérieuse fièvre pourprée », et de « la lettre quasi-testamentaire écrite au frère » (ibid.) et dans laquelle il manifestait son désir de se sacrifier à la communauté. 

Pour emprunter au Maximin de Rotrou commentant la fin tragique de l’acteur Genest, je dirai que l’érudition et à perspicacité interprétative de l’auteur ont su de trois anecdotes mensongères et hétéroclites faire une vérité.

Les erreurs de transcription relevées : Henri Chardon (non “Richardon”, p. 22), Titon du Tillet (non “Titton”, p. 24), Maupoint (non “Maupois”, p. 23), Lévi-Strauss (non “Levy-Strauss”, p. 24), le personnage de Jean Bête dans les contes français (non “aux personnages de gens bêtes comme on dit en français” (sic), p. 25), Gian Battista Guarini (non “Variny”, p. 29) et sa pastorale, Il Pastor Fido (Le Berger fidèle), non “Le Pasteur Fidal” (p. 26), Edmond Jabès (non “Jabesse”, p. 26), ont été corrigées dans la version numérique de ce texte en libre accès que procure l’auteur sur le site de son université Grenoble Alpes: http://ouvroir-litt-arts.univ-grenoble-alpes.fr/revues/reserve/325-vies-et-legendes-de-rotrou-les-anecdotes-biographiques-concernant-rotrou

Les actes des communications n’ont pas donné lieu à une publication régulière, mais la brochure de 52 pages qui les contient a été déposée à la Bibliothèque nationale de France (Notice n° :  FRBNF42 361 920) où ces communications sont par conséquent consultables. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42361920v

La bibliothèque Pattee-Paterno de la Pennsylvania State University possède également cette brochure sous la cote: PQ1915 .Z5 A53 2010.

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