La littérature et la folie

Reference Type Journal Article
Year
2017
Author
Journal
Critique
No.
835
Pagination
965-980
Date of Publication
01/2017
Language
Français
Notes

Texte d'une conférence inédite de Foucault dont la première partie est consacrée à "La folie dans le théâtre baroque" (p. 968-972) et dans laquelle il est notamment question de L'Hypocondriaque de Rotrou.

Refusant de considérer la folie comme relevant d’une essence éternelle ou procédant d’une donnée biologique immuable qui induirait des manifestations pathologiques que les progrès d’une prétendue science médicale auraient petit à petit découvertes, Foucault, on le sait depuis au moins son Histoire de la folie à l'âge classique (Gallimard, 1972), en fait le produit d’une invention. "Il n'y a pas de société sans folie" déclare-t-il ici (p. 965) car toute société a besoin de limites et celles-ci seraient établies à partir de la folie.

Cela étant,  "Il est curieux de constater", affirme-t-il en grossissant quelque peu le trait, "que les scènes de folie dans le théâtre de la première moitié du XVIIe siècle soient aussi fréquentes et aussi nécessaires à l'économie dramatique que les scènes d'aveu dans le théâtre de Racine" (p. 968).

Foucault distingue et octroie quatre fonctions à la "folie baroque": 1/. L'introduction à un monde de la mort ou de la quasi mort; 2/. L'introduction à un jeu de masques complexe; 3/. L'introduction à des communications impossibles; 4/. L'introduction de la vraisemblance et de la réalité du monde dans lequel s'inscrit, comme un second théâtre, celui de la folie. Alors que dans le théâtre baroque le rôle de la folie serait de "manifester la théâtralité du théâtre" (p. 976) afin de désamorcer et de reproduire son pouvoir d'illusion, dans le théâtre prôné par Artaud ("Le théâtre et son double", p. 972-977) il s'agirait de "donner un espace à son mal, à le reproduire, inversé; à donner à l'effondrement central de son âme un corps" (p. 977).

Mais, et c'est sans doute l'aspect le plus novateur de ce texte jusqu'alors inconnu, Foucault conclut sur une définition de la littérature à méditer qui, sans doute, aurait perturbé Saussure. Dans le théâtre baroque comme chez Artaud, Foucault suggère que la littérature "place son code dans sa parole" et qu'elle s'avère ainsi proche de la folie en ce que, toutes deux, opèrent une "mise en danger radicale de la langue par la parole" (p. 979).

Une version préliminaire de ce texte est éditée par Henri-Paul Fruchaud, Daniele Lorenzini et Judith Revel, Michel Foucault. Folie langage, littérature (Vrin, 2019), p. 89-109. "[...] si on regardait les choses de près", écrit Foucault, "on trouverait que l'aveu classique n'est que l'envers de la folie baroque" (p. 93).

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