Une rencontre de Rotrou avec le théâtre des Pays-Bas

Reference Type Journal Article
Year
1968
Author
Journal
De Nieuwe Taalgids
Vol.
61
Pagination
73-80
Language
Français
Publisher
H. D. Tjeenk Willink
Place Published
Groningue, Pays-Bas
Keywords
Notes

L’auteur suggère que le théâtre élisabéthain n’était peut-être pas aussi inconnu en France au XVIIe siècle qu’on ne le croit habituellement. Il se pourrait fort que l’influence d’une dramaturgie d’outre-Manche ait pénétré la France par l’intermédiaire de souvenirs de voyageurs ayant assisté en Allemagne et surtout aux Pays-Bas à des représentations données par des troupes anglaises. C’est en tout cas ce que pourrait laisser penser certaines ressemblances des Sosies de Rotrou (1637, pub. juin 1638 chez A. de Sommaville) avec une pièce anglaise de l’auteur-acteur Thomas Heywood, The Silver Age (1613) et un Amphitryon néerlandais d’Issac van Damme (1635) qui lui-même aurait pu s’inspirer de la pièce anglaise. Outre ses emprunts à Plaute, à Sénèque et, vraisemblablement, à quelques auteurs italiens : Pandolfo Colenuccio ; Francesco Bracciolini ; Ermolao Barbaro, Rotrou aurait peut-être « eu des échos des représentations de l’une au moins de ces pièces, sinon des deux » (p. 78). L’auteur indique d’autre part que la troupe des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, avant de s’établir à Paris, avait été attachée à la personne du prince d’Orange à La Haye et qu’elle est revenue jouer dans cette ville en 1638 sur l’invitation de Frédéric-Henri d’Orange-Nassau : « on peut donc penser que certains de ses membres au moins n’ont pas rompu tout contact avec les Pays-Bas lorsque la mort de Maurice [de Nassau], en 1625, leur a fait quitter La Haye » (p. 79). C’est grâce à des acteurs de la troupe française que Rotrou aurait pu entendre parler du texte scénique anglais et/ou hollandais. Il aurait pu trouver dans la « mise en scène à grand spectacle, et non dans le texte imprimé » (p. 75) de la pièce de Heywood, l’idée de remplacer Blépharon, le pilote de Plaute, par trois capitaines et d’intégrer à sa comédie le prologue de Junon. « [M]ieux que Van Damme et surtout que Heywood » (p. 80), Rotrou parvient à concilier tant bien que mal « l’esprit ancien et l’esprit moderne » (idem), mais il faudra attendre l’Amphitryon de Molière pour que soit définitivement abandonné un impossible équilibre au profit « de l’esprit moderne et de la complète naturalisation du sujet » (idem).

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